La Francophonie à Madagascar : la langue française comme facteur d'exclusion

À l'occasion du XVIe Sommet de la Francophonie qui se déroule aujourd'hui (25 novembre 2016 NDLR), il serait inopportun de publier cet article qui met l'accent sur un réel problème de langue et de culture autour de la Francophonie, et pourtant c'est bien l'occasion de pointer du doigt un sujet qui met en avant un profond malaise éprouvé par la société malgache. 

Le postulat est clair : la langue française se pose comme un facteur d'exclusion de la frange vulnérable en accentuant la fracture entre gens "éduqués" et les "pauvres" citoyens qui n'ont pas la maîtrise de la langue de Molière. 

Dans l'esprit de beaucoup de Malgaches, une dichotomie se perpétue encore aujourd'hui. Si vous avez une bonne maîtrise de la langue française, cela signifie que vous avez un bon niveau d'éducation. A contrario, le manque partiel ou total de maîtrise de cet outil de communication est synonyme d'ignorance. Cette aberration culturelle bien triste continue aujourd'hui de se manifester. C'est notamment le cas lors des réunions économiques et politiques majeures où le français joue un rôle stratégique en facilitant l'exclusion de certains acteurs. Pire, les appels d'offres publics sont lancés en français dans un pays où plus de la 70 % de la population n'a aucune chance, même infime, d'en saisir le sens et encore moins d'y répondre. 

Le français en tant que langue d'enseignement est une aliénation culturelle qui justifie en grande partie le taux élevé d'échec scolaire, et paradoxalement, la politique de malgachisation réalisée dans les années 80 a conduit à l'effondrement du système éducatif. Un manque de réflexion de la part des acteurs étatiques devait inexorablement aboutir à ce résultat catastrophique. La langue française en soit est un puissant instrument de développement, si et seulement si elle facilite la communication entre les différents acteurs, apprenants et formateurs. Ce n'est pourtant pas le cas. Il faut savoir qu'une bonne proportion des enseignants malgaches n'ont pas une bonne maîtrise de leur langue d'enseignement, biaisant dès le début la qualité des informations transmises. Combiné au manque de compréhension des élèves et des étudiants et la boucle est bouclée. Le désir d'excellence s'évanouit en un éclair. Les grands instituts comme l'ISCAM ou l'INSCAE, et même les universités publiques, excluent d'emblée celles et ceux qui n'ont pas le niveau suffisant en langue française. Ainsi s'explique la relation entre la qualité d'éducation et la maîtrise de la langue française. Le réel problème est que les écoles et collèges publics ne permettent nullement d'acquérir le bon niveau de français.

Dans les autres pays, la langue nationale est élevée au rang de langue d'enseignement, permettant à celle-ci de s'enrichir et de s'instruire pour, au final, transmettre sans anicroche les connaissances scientifiques du monde entier. À Madagascar, la pauvreté de la langue malgache devient un frein pour son épanouissement. Elle n'ose pas s'enrichir des multiples influences qui s'exercent sur elle. Elle est réfractaire à de nouveaux vocables qui lui permettraient de devenir une langue plus savante. Peut-être est-ce là seulement un miroir de ce peuple encore trop frileux de changer. Au final, la langue française s'impose comme le principal outil de formation et d'éducation au détriment d'une transmission efficiente. 

La coexistence future des langues malgaches est française reste pour le pays le meilleur moyen de valoriser les connaissances, avec une priorité mise sur la force de la langue maternelle afin de la consolider en tant que ciment culturel de premier ordre. Le français à ses côtés préparera la génération future à faire face à la mondialisation et à s'épanouir. 

Je me souviens bien, lorsque j'étais le représentant de Madagascar à la première édition du Parlement Francophone des Jeunes qui s'est déroulé à Québec en 2001, l'optimisme était de mise avec nos articles et amendements qui plaidaient pour une coexistence harmonieuse du français avec les langues et les dialectes natifs. Force est de constater que les efforts ont été vains. La résolution que nous avons pris devant les parlementaires francophones et qu'on a pris soin de déposer à l'Assemblée Nationale de Tsimbazaza a complètement disparu, et les dirigeants ne sont bons qu'à se tirer la couverture et privilégier leurs intérêts personnels au détriment d'un développement véritablement inclusif. Au final, la réflexion sur le rôle inclusif des langues malgache et française est reléguée au second plan. 

Le français demeurera encore pour quelque temps un facteur d'exclusion au lieu d'être un moteur d'intégration comme le souhaite l'Organisation Internationale de la Francophonie.